Les rues parisiennes aux noms d’animaux ne parlent presque jamais d’animaux réels : derrière la rue du Chat qui Pêche, la rue du Pélican et la rue aux Ours se cachent une légende médiévale, un surnom déformé et un mot ancien désignant les oies. Voici l’origine de ces trois noms parmi les plus curieux de la capitale, avec de quoi les situer pour une balade. Pour aller plus loin, découvrez aussi les plus belles ruelles pittoresques de Paris.
L’essentiel à retenir : les rues parisiennes aux noms d’animaux racontent presque toujours autre chose que ce qu’elles annoncent.
- La rue du Chat qui Pêche vient d’une légende médiévale.
- La rue du Pélican est liée à un ancien surnom déformé au fil du temps.
- La rue aux Ours ne parle pas d’ours, mais d’un mot ancien lié aux oies.
- Ces noms reflètent l’histoire sociale, religieuse et commerciale de Paris.
- Les trois rues sont faciles à rejoindre en métro et se prêtent à une balade historique.
Mis à jour le 12 octobre 2026
Pourquoi la rue du Chat qui Pêche porte-t-elle ce nom ?
La rue du Chat qui Pêche, dans le 5e arrondissement, doit son nom à une légende médiévale. Si vous cherchez la rue la plus étroite de Paris, c’est bien celle-là, et son nom est encore plus étonnant que ses dimensions.
La légende raconte qu’au 15e siècle, un chanoine nommé Dom Perlet pratiquait l’alchimie avec un chat noir. Le félin était si habile qu’il pêchait des poissons dans la Seine d’un simple coup de patte. Des étudiants auraient alors cru que l’homme et l’animal ne faisaient qu’un, dans une sorte de diablerie. Pris de peur, ils auraient tué le chat et l’auraient jeté dans le fleuve. Le chanoine aurait ensuite disparu à son tour… avant de réapparaître plus tard avec son chat, ce qui a renforcé la légende.
Cette histoire explique pourquoi la rue porte un nom aussi singulier. Elle a été ouverte en 1540, à une époque où les maisons étaient très serrées et où l’espace manquait pour créer de grandes voies. Ce type de ruelle illustre bien le Paris médiéval : dense, compact, souvent labyrinthique. Dès que vous passez dans le quartier, vous comprenez pourquoi cette rue a gardé une telle réputation.
- La rue du Chat qui Pêche, 5e
- Métro Saint-Michel
Quelle est l’origine du nom de la rue du Pélican ?
Le nom de la rue du Pélican n’a rien à voir avec l’oiseau : il provient d’une déformation progressive d’un ancien surnom, la « rue du Poile-au-con ». Ce nom médiéval faisait allusion à la présence de nombreuses boutiques à péchés, autrement dit à des prostituées qui proposaient leurs services aux passants. À l’abri de la muraille de Philippe Auguste, l’activité pouvait se développer plus discrètement, ce qui explique l’ancrage de ce surnom dans le quartier.
Le nom actuel est donc le résultat d’une longue transformation linguistique. Sous la Révolution française, la rue est même renommée « Rue Purgée », dans l’idée de faire partir ces femmes de petite vertu. Dans la pratique, les tentatives de moralisation n’ont pas vraiment suffi. Ce n’est qu’en 1806 que la rue prend définitivement son nom actuel. C’est un bon exemple de rue parisienne où l’histoire des mots raconte aussi l’histoire des comportements et des politiques urbaines. Dans ce même esprit de balade historique, vous apprécierez les places royales parisiennes.
- Rue du Pélican, 1er
- Métro Palais-Royal – Musée du Louvre
Pourquoi la rue aux Ours ne parle-t-elle pas d’ours ?
La rue aux Ours tient son nom d’une corruption du mot « Oues », qui signifiait « oies » en vieux français. Ouverte au 13e siècle, elle doit son surnom à la présence de cuisiniers oyers dans le secteur Saint-Martin et Saint-Denis. On se trouve ici dans un quartier lié aux métiers de bouche, à la transformation des aliments et à la vie commerçante du Paris ancien.
Avec le temps, ces cuisiniers ont laissé place aux rôtisseurs au 16e siècle. Puis sont arrivés les poulaillers, les chaircuitiers et les regrattiers. Si vous vous intéressez à l’histoire urbaine, cette rue est particulièrement parlante : elle résume la manière dont les métiers s’installent, se remplacent et structurent un quartier. Elle donne ainsi un aperçu très concret des commerces de bouche médiévaux et de leur organisation.
- Rue aux Ours, 3e
- Métros Etienne Marcel et Rambuteau
Pourquoi ces noms de rues racontent-ils si bien Paris ?
Les noms de rues à Paris ne sont pas décoratifs : ils conservent la mémoire d’une légende, d’un ancien mot, d’un métier disparu ou d’un usage social oublié. C’est ce qui rend la toponymie parisienne si riche. Une simple plaque de rue peut vous raconter un pan entier de l’histoire de la ville, sans avoir besoin d’un musée.
Ces noms sont aussi un bon repère pour comprendre l’évolution des quartiers. Certains évoquent des croyances médiévales, d’autres la vie quotidienne, d’autres encore les transformations politiques. Si vous aimez les balades urbaines, prendre le temps de lire les noms de rues change la visite : vous ne regardez plus seulement un plan, vous lisez une archive à ciel ouvert. Levez aussi les yeux avec cette balade à la découverte des plus belles horloges.
Comment reconnaître l’origine d’un nom de rue à Paris ?
Dans la majorité des cas, un nom de rue parisienne appartient à l’une de ces grandes familles :
- une légende locale, comme pour la rue du Chat qui Pêche ;
- une déformation linguistique, comme pour la rue du Pélican ou la rue aux Ours ;
- un ancien métier, très fréquent dans les quartiers historiques ;
- une référence religieuse, politique ou commerciale, souvent liée à l’histoire du lieu.
Si un nom de rue vous paraît étrange, demandez-vous toujours s’il n’a pas changé de forme au fil des siècles. C’est souvent là que se cache la vraie explication, car il s’agit presque toujours d’une transformation historique ou phonétique, rarement d’une description littérale.
Quelles erreurs éviter en interprétant ces noms ?
La première erreur est de croire qu’un nom de rue décrit forcément une scène réelle : une rue du Pélican ne signifie pas qu’il y avait des pélicans à Paris. La deuxième est d’oublier l’évolution du langage : entre le vieux français, les surnoms populaires et les déformations successives, un nom peut changer complètement de sens. Enfin, il faut éviter de lire ces appellations avec nos repères actuels, parce qu’elles renvoient à une ville très différente de celle que vous connaissez aujourd’hui.
La bonne méthode consiste à replacer le nom dans son époque. Vous comprenez alors beaucoup mieux la logique du quartier et vous évitez les contresens. C’est ce qui rend l’histoire des rues parisiennes aussi passionnante : elle oblige à regarder au-delà des apparences. Pour un autre pan de mémoire de la ville, voyez les traces de la Première Guerre mondiale à Paris.

